[COMPTE RENDU DE COURSE] Les Carrières By Night.

Tout a commencé un soir d’hiver… il faisait environ 23°C parce que putain y’a plus de saison.
Cet article sera écrit à 4 mains, puisque Lula et moi avons probablement vécu des choses assez différentes. T’es prêt ? On va te raconter ce que c’est que de faire son premier Trail sur 21km, pas prêt, et de nuit.

Le compte rendu de Lula

Notre cercle social est pas mal composé de runners, marathoniens, TRAILeurs et UTMBiens. Et j’ai beau courir depuis quelques années, ce n’est que récemment que j’ai découvert les épreuves sportives. Et en la matière je suis un jeune animal fougueux. Si bien que quand nos potes nous ont proposé à la dernière minute de les accompagner dans un Trail « By Night », j’ai foncé sur l’occasion comme un chaton sur une pelote de laine.
Mymy, lui, était beaucoup moins optimiste : « Un trail de nuit la veille d’un Run Faster Today ? Franchement, Lula, J’le sens pas trop ». A juste titre parce qu’en plus de ne pas être prêts, nous étions tous les deux malades.
Mais pour une fois, c’est moi qui a eu l’occasion de lui sortir cette phrase devenue culte (et qu’il me sort à minima deux fois par semaines) : Laisse-toi faire ça va bien se passer
(Tellement culte qu’on l’a fait floquer sur un teeshirt pour économiser du temps)
J’vais vous spoiler tout de suite, ça c’est PAS bien passé… On a tous terminé la course hein ? Mais dans quel état …
– 21km. De Trail. De nuit. Sans préparation. Et malade. Une belle leçon d’humilité.
Cette course s’étant décidée à la dernière minute, je n’ai pas eu le temps d’acheter et de rôder une paire de chaussures de Trail. Je me suis donc pointée avec pour tout équipement :
– Un paire «spéciale route » (c’est ça, marrez-vous…)
– Une frontale
– Mes petites guiboles de citadine qui n’avait jamais couru sur plus de 16km…
La complète touriste, ouais. Mais mon optimisme inconscient a pris un coup au moment du discours de l’organisateur de la course :
– Mesdames et Messieurs, j’attire votre attention sur le caractère dangereux du parcours. Il a plût hier, les feuilles d’automnes sont tombées, et des elfes maléfiques ont dispersé de la morve magique ultra glissante un peu partout dans la forêt ! J’espère vraiment du plus profond de mon cœur que tout le monde a bien sur lui des chaussures de Trail, hein ? Parce que quand-même, ce parcours, c’est le plus dangereux que tous les parcours de Trail de la terre.
Bon, c’était pas tout à fait ses mots, mais c’est en substance ce qu’il a dit. En tout cas ce que mes copains et moi avons entendu. Même qu’ils se sont tous tournés vers moi pour se foutre de ma gueule. Je m’adresse à Tic et Tac (mes chaussures, oui je leur ai donné des noms, ne me jugez pas) :
– Bon vous avez entendu les filles ? Y’a de la morve magique alors on regarde devant et on est vigilantes…
Départ. Yallah.
KM1 : Jeremy me sème et part comme une fusée. C’est ma première fois, donc je le laisse partir et lui souhaite « Bon chance ».

KM3 : Nous quittons la route et abordons un sentier. C’est complètement inconfortable ce parcours, mon dieu ou est-ce que je peux poser mes…. Oooooh….. Tous ces TRAILers qui courent à la file indienne avec leur frontales comme ça… On dirait des lucioles qui font la queue-leu-leu…

KM4 : Nous entrons dans la forêt et le soleil est complètement couché. La terre est entièrement recouverte de feuilles lisses et trempées. Allez Tic et Tac, on n’abandonne pas maintenant …WhohohooooooOOOOOH…. Bim. La chute. Je me relève et lève immédiatement les pouces en direction des autres coureurs : « Tout va bien ! »

KM6 : Le terrain boueux et bosselé est tout simplement délicieux ! Je trace de bosse en bosse, sautille sur les reliefs, j’ai l’impression de voler ! L’endorphine fait son œuvre, je retrouve le plaisir de courir…

KM8 : Tu le sens mon gros dénivelé ? 400 mètres en positif qu’ils m’avaient dit ! En principe, étalés sur 21km, c’est pratiquement indolore, mais sur le coup, j’ai vraiment du jouer des cuisses…

Km10 : Je reconnais mes bouclettes préférées. « Oh mon Mymy » ! J’arrive à sa hauteur, il a pas l’air dans son assiette

– Tu es beaucoup trop en forme pour la distance qu’on vient de parcourir… Me dit-il. Dans 500 mètres, je m’arrête manger…
– Ok, crie mon nom quand tu prends la pause gouter ! Lui dis-je avant de le semer à mon tour…

Nous nous retrouvons un kilomètre plus tard, pour un ravito express tout en marchant. Il me met en garde :
– Chouchou, c’est un Trail, c’est ton premier et c’est 21km, si tu cours trop vite tu vas te cramer bêtement…
Je l’écoute d’une oreille distraite avant d’accélérer…

KM14 : Je pose mon pied gauche sur une pierre et une douleur fulgurante m’arrache un cri. Qu’est-ce que c’était ?… Je sais pas, j’ai déjà plus mal. Poursuivons…
KM17 : Nous retournons sur le sentier. J’éteins ma frontale deux minutes. Le noir est presque complet. Au loin on aperçoit les silhouettes sombres des arbres et des maisons et même si je suis entourée d’autres coureurs, il règne autour de nous un silence inhabituel. C’est beau mais flippant pour une parisienne. On va rallumer sa frontale, hein ?…
KM20 : Mais qu’est-ce que je fous lààààààààà…… Je vais me foutre en position fœtale dans un buisson et on viendra me chercher demain. Avec un peu de chance, les animaux de la région me feront pipi dessus pour me tenir chaud…
KM20 et 120m : «Oh Lula ! » C’est Mymy qui m’a à son tour rattrapé. Nous marchons deux minutes, le temps de se chamailler pour savoir lequel de nous deux est le plus malade, et je tape une ultime accélération pour avoir quand-même fière allure sur la ligne d’arrivée (mais personne n’est dupes, arrivée à 2h35, tout le monde se doute que j’ai pas couru d’une traite…)
Ce Trail n’est pas un Fail à proprement parlé (parce que son but premier est de le terminer)
Mais il m’a permis de tirer de grandes leçons :
-J’ai beau détester la surenchère de gadgets pour coureurs, les chaussures du Trail, quand on fait du Trail, c’est pas facultatif (mes chevilles m’ont pas dit merci)…
– Les courses sur route et les courses en forêt ne requièrent pas les mêmes compétences. Le Trail demande une plus grande endurance, une plus grande concentration, et de belles facultés d’adaptation.
-Un Trail ça se prépare : On teste son matériel, on se met en condition physique avant le Jour J, et on surveille ce que l’on mange et bois plusieurs jours à l’avance…

Le compte rendu de Jérémy

Je savais que ça ne pouvait pas bien se passer. Heureusement, « c’était rigolo ».

Comment tout a commencé ? Quand la bande d’énergumènes avec qui nous courrons chez Boost Odéon a dit « Qui est chaud pour les Carrières by night, à la frontale ? » et que j’ai répondu très sûr de moi : moi ! Lula on y va ?

WORST.IDEA.EVER.

La veille de la course, pris d’un soupçon de lucidité : « Lula, t’es sûre que ? Parce que moi pas trop en fait… ça reste relativement une idée de merde, on est pas prêts, on doit courir le dimanche matin, on va se faire mal (attention, intuition prémonitoire). »

« LAISSE-TOI FAIRE, ÇA VA BIEN SE PASSER » me dit elle fièrement.

Lol… ou pas.

Nous voilà le jour J, avec nos amis qui eux, sont tout à fait sereins
Inscriptions, selfies, blagounettes sur Lula et ses chaussures lisses, estimation des temps, Jérémy qui croit sincèrement qu’il peut faire les mêmes temps que sur route (hihi… ou pas). Tout ça tout ça, et hop, c’est parti.

On laisse Cyril, Jérémy (un autre, un qui court vite), Naïr, Alexis et Brice partir devant, ils courent plus vite que nous, sont plus entrainés.

KM 1 : TOUT VA BIEN. C’est plat, c’est de la route, ça commence à être un peu boueux, mais c’est smooth.

KM 4 : Bon les champs, ça devient un peu long là, en plus j’ai mon petit TFL qui tire un poil, ça annonce rien de bon pour la suite.

KM4,1 : oh une montée, cool, je vais courir, haha je vous nique tous, je suis trop en forme.

KM 4,15, fin de la montée : ahhhhh, appelez le Samuuuu, les pompiers, ma mamannnnnn. Bon ok, dorénavant on va marcher vite les montées plutôt.

KM 4 à 10 : Les choses se passent plutôt bien malgré le genou qui fait mal. Les descentes sont cool, les chaussures accrochent bien, ça devrait bien se passer. Je croise Lula qui m’a rattrapé, tant pis pour elle, qu’elle parte devant, je la retrouverais à la fin si elle part aussi vite que ça hihi.

Petite pause ravito et c’est reparti.

KM 12 : Ok, le genou commence à faire VRAIMENT mal, la jambe se raidit petit à petit, c’est pas cool, ça va être long jusqu’à la fin. Abandonner ? No way. Je finis en moonwalk sur le cul si il faut mais je finis.

KM 15 : plus une goutte d’eau, plus de bouffe, au moins je ne risque pas d’avoir une excuse pour m’arrêter. J’ai pas de couverture de survie, je peux pas rester là, je dors pas ici moi en plus ! Temps : 1h45 bien passé. Oh tiens ils doivent être tous arrivés, bon allez j’accélère.

KM 15,2 : En fait nan, je vais plutôt ralentir. Heureusement que c’est beau la montagne de nuit, parce que là cash, à part le paysage, y’a plus rien de cool.

KM 18 : Fin de la fôret, début des champs et on entend au loin le speaker. La ligne d’arrivée ne m’a jamais paru si lointaine. A ce stade, je ne peux plus courir plus de 200m d’affilé sans m’arrêter. SMS à Lula qui doit être arrivée : J’ai le genou bousillé, j’arrive doucement mais j’arrive !

KM 20 : – Oh coucou lula, t’es pas arrivée non plus lol.
– Lula : Ahhhhhh, quand c’est qu’on arrrriiivvveeee (bah oui elle a pas de montre la pauvre).
– Euh, 1 km environ.

Arrivée : 2h39 et quelques à la montre. Appelez ma mère, dites lui que je vais bien, donnez moi 6 litres d’eau, amenez moi à l’hôpital.

On retrouve les autres en salle commune, ils ont presque une bonne tête, en même temps, ils sont arrivés depuis une bonne heure eux.

Ce qu’on apprend :

– Jérémy a mis 1 minute à Cyril (fallait pas picoler…)
– Nair a couru 18 km sans frontale faute de piles (LOL)
– Brice nous a tous explosé avec une arrivée en 1h37
– Pom’potes party ?!

Heureusement c’est fini, mais il faut tout de même tirer quelques enseignements.

– Un trail, ça se prépare.
– On n’estime pas son temps à moins de connaitre la course.
– C’est TRES difficile mais l’ambiance est géniale. Faut le faire au moins une fois.
– Le Matos en bon état, c’est pas que pour faire joli sur instagram.

PS : La semaine d’après on réfléchissait déjà au suivant, sur 45km me dit-on dans l’oreillette.
Laisse-toi faire, ça va bien se passer.

Un dernier merci avant de clore cet article à la troupe de foufou qui nous ont « trainé » avec eux sur cette course, puisque sans eux on n’y serait pas allé. Toutefois ne rêvez pas, on n’est pas encore des vôtres, sauf quand il y a de la bière, ça c’est bien la bière.

Bisous, love et course à pied !

PS : La photo de départ, parce qu’à la fin il faisait nuit, et qu’on était moches.

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